Le brouillard

C'est arrivé en plein mois de septembre. Un brouillard a enveloppé les environs, on ne voyait pas à 10 mètres. L'air était poisseux, malsain. On suffoquait au moindre effort.
Peu à peu, les gens ne sont plus sortis de chez eux. Ils ont fait leurs provisions pour 5 mois.
Ils ont dit à la tv que ça disparaitrait en 5 Mois... Ils ont dit aussi de sortir le moins possible, d'arrêter le sport, de ne pas ouvrir les fenêtres, de tout isoler.
Les gens ont suivi les recommandations à la lettre. Nous étions tous cloîtrés chez nous. Des gens sont morts étouffés. Certains devenaient fous. On disait que c'était à cause des émanations toxiques du brouillard...
Chacun s'isolait dans son coin, devant son ordinateur, sa télévision, ses livres, ne supportant plus la présence des autres, qui était là, tout le temps là, trop là!
Les gens sont devenus gros, mous, asociaux...
Le jour où le brouillard se dissipa, on se rendit compte qu'il était devenu impossible de se lever de son lit, de sa chaise, de son divan... On constata que les os humains étaient devenus mous. Une nouvelle espèce d'homme, était née, on se rendit compte que tous les coins du globe furent touché par ce brouillard.
L'espèce humaine s'adapta étonnamment bien à la situation. Des morts bien sûr, ceux qui n'acceptaient pas le statut d'homme-limace. Juste une minorité... Mais la plupart du temps, chacun y trouvait son compte.

# Posté le lundi 02 novembre 2009 20:19

Le bandage

-Pauline... Ouvre-moi! Que se passe-t-il?
-Rien maman? Je veux être seule, c'est tout.
-Le souper est prêt ma chérie! Tu n'as pas faim?
Bien sûr que si. Qu'est-ce qu'elle croit... Que je vais m'ouvrir les veines sans doute?
-Ma chérie, ne reste pas enfermée comme ça. Tu peux tout me dire tu sais!
Lui dire quoi... Que sa fille est un monstre? Qu'elle est laide? Qu'elle n'est plus sa petite chérie? Pauline n'a rien à lui dire.
-Bon... Je descends. J'espère que tu viendras souper avec nous.
Les pas dans l'escalier. Enfin tranquille. Les yeux de Pauline, fixes, se mettent à briller. Une larme coule. Pauline se recroqueville dans son lit en serrant sa peluche. C'est son Jimmy, le chien que papa lui a offert pour la protéger, le jour où pour la première fois elle a dormi chez papy et mamie. Pauline se souvient de tout. Maintenant rien ni personne ne la protège. Les larmes coulent encore plus, ce souvenir d'enfance rappelle à Pauline le temps où tout était plus simple. Pourquoi ces poils qui poussent, devenus impossibles à cacher à la piscine? Pourquoi ces affreux poils de singe? Et pourquoi ces choses poussent-elles sur son torse? Des pis de vache!
Pauline pleure. Sur le mur des photos d'elle. Elle avait 10 ans. Une magnifique robe, maquillée, avec des jolies boucles d'oreille... Elue la plus jolie petite fille de la ville!
Des habits traînent par terre... L, XL... Pauline se ressaisit. Il ne faut pas que les parents voient ça! Pauline essuie son visage. Enlève son t-shirt. Fouille sa penderie. Il est là, au fond... Le bandage. Elle le déploie, L'enroule autour de son torse. Le serre le plus possible. Elle attache l'épingle. Elle remet son t-shirt par dessus son corps squelettique. Son sweat XL.
-Chérie! Tu viens?
-Oui maman.
Elle descend les escaliers.

# Posté le mercredi 05 août 2009 18:48

Le compteur

Le feu est passé au vert. Le moteur 15000cc gueule toute sa puissance. À donf' mon coco! Les aiguilles du compteur sont folles, elles atteignent la zone rouge, le vent siffle dans le casque, de plus en plus fort, encore, encore plus vite, 100, 200... 220... 250... Trop bonnes sensations! Je fonce je suis invincible, je suis le plus fort, regardez-moi! 260... Grisant, je me sens vivre! Le bruit du vent, plus que ça, la visière prend les mouches, la moto chauffe entre mes jambes. Bonne bête! Les gens se retournent à mon passage... Je crois... Pas le temps de les voir! J'aime ça. Je suis le maître du monde! 270, l'aiguille dans le rouge... Le moteur dans ses limites... Les lignes de la route sont le seul repère... 280, les lignes n'apparaissent plus. La route non plus. Tout est blanc. Seul le compteur est visible... 300! Ca y est... Juste la vitesse... Rien autour de moi... Encore plus vite! 310...320... Jouissif. 350, 360, 370, 380... Mal de tête, trop de sensations! 390, je ne ressens plus rien. 400.
Un vague souvenir seulement... Sans doute un accident... Sans doute une sortie de route... Là tout est noir. Le compteur monte encore... 500. Tout est noir.

-Encore un jeune... Mais qui peut bien refiler une machine d'enfer de ce genre à un môme de 17 ans? Hein? Je me le demande! Qui a pu faire ça... Faut qu'on l'attrape ce salaud! Regarde, son corps, il n'en reste rien! Une chance qu'on ai pu retrouver ses papiers dans cette bouillie... Son cadavre s'est complètement mélangé à la ferraille, à cette saleté! Tu as vu ça?
-Du calme Jérémy... Ces choses-là arrivent! Tu le sais, tu es à la police depuis plus longtemps que moi! Et puis il l'a cherché ce con! Il n'a même pas de permis!
-Peut-être... Mais cette machine de malheur... Bon Dieu...
-Il l'a cherché sa mort! Je te dirais même qu'il l'a mérité ce connard! Alors arrête!
-Je ne sais pas.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 03 août 2009 18:53

Ana

Salut moi c'est Ana. Je suis blanche comme la lune. Mes vêtements sont trop larges. Je ne dors pas. Je suis forte, je n'ai pas de limites : trois fois par jour je fais du vélo. A midi je vais fondre au soleil. Le soir je brûle dans mon bain-mousse. La nuit je vomis ma salade. Il faut souffrir pour être belle.
Le miroir est mon meilleur ami même s'il me donne trop de cuisses, trop de fesses ! Qu'il est bon de s'évanouir. Un instant tout est blanc. Puis tout est noir. Ce n'est qu'un instant, jamais assez long, même pas la durée d'un orgasme. Je m'appelle Ana, le plus beau nom qui soit, merci papa merci maman, de m'avoir donné ce nom-là. C'est un nom de princesse, une princesse se doit d'être la plus belle. Papa, maman, c'est pour vous que je fais ça. Vous méritez bien la plus belle des enfants.
Suis-je à la hauteur ? Dites-moi... Dites-moi non, je vous comprendrai, je ne vous en voudrai pas, je vous aime. Vous aurez raison. Je suis prête à tout pour vous. Maman, le lait maternel aurait bien suffit, après 15 ans je m'en rends enfin compte. Le reste n'est qu'impureté. Je ne sais pas comment j'ai pu avaler tant d'autres choses, maman, pardonne-moi ! Il ne devrait y avoir que toi, que nous.
Dans maman il y a ana m m , « Ana m'aime ». Je me dois de t'aimer, je me dois d'être parfaite. Maman, si je dois disparaître, si je ne suis pas assez belle pour toi, je disparaîtrai, tu n'auras qu'à me le demander.
Mon nom c'est Ana, le plus beau des prénoms.

# Posté le mardi 12 mai 2009 19:11

Partir en fumée

-Tu veux essayer ?
C'est ton tour. Tout le groupe y est passé. Ils rigolent pour un rien, ils disent des conneries, ils te regardent avec défi.
-Ouais vas-y essaye, c'est fantastique ! Tu vas pas t'amuser si tu te défonces pas... Tu risques de nous trouver pathétiques !
-Et de te sentir rejeté ! Allez, essaye, c'est rien du tout, ça vient du jardin de mon cousin, 100% naturel !
Regards braqués sur toi.
-Eeuh... Je ne fume pas...
Fou-rire général.
-Toi il serait temps de te décoincer ! T'as 25 ans et t'as jamais fumé de ta vie ? Franchement tu loupes quelque-chose ! Faut profiter de la vie ! Regarde, nous on est bien, hein les gars ?
Silence. Le joint s'éteint.
-Eh merde. Qui a du feu ?
Silence. Ils sont ailleurs. Les yeux rouges dans le vide. Les visages blancs. Corps affalés sur les chaises et les fauteuils autour de la table. Ils ne disent plus rien, ils ne rient plus.
-Les gars ? Qui a du feu ? Répondez ! Qu'est-ce qui vous arrive ?
Tu les observes. Effectivement tu les trouves pathétiques. De blancs ils sont passés à verts.
Guillaume, qui tient encore le joint en main, semble encore plus ou moins conscient.
-Aaah ! Putain, j'ai mal ! Mes pieds !
-Guillaume ? ça va ?
Ses pieds sont devenus racines. Les racines s'étendent, bousculent la table et renversent toutes les bouteilles d'alcool et les verres. Tes amis sont désormais plantes. Leurs oreilles et leurs cheveux sont des feuilles, leurs yeux ne sont plus que de minuscules protubérances rouges.
-Les gars... J'ai trouvé des allumettes si vous voulez ?
Pas de réponse. Tu enjambes les racines. Ton pied se prend dedans, tu chutes.
-Vas-yyy, essaye ! Tu ne le regrrrgrrretteras paaa...aah !

# Posté le dimanche 14 septembre 2008 11:33