Ana

Salut moi c'est Ana. Je suis blanche comme la lune. Mes vêtements sont trop larges. Je ne dors pas. Je suis forte, je n'ai pas de limites : trois fois par jour je fais du vélo. A midi je vais fondre au soleil. Le soir je brûle dans mon bain-mousse. La nuit je vomis ma salade. Il faut souffrir pour être belle.
Le miroir est mon meilleur ami même s'il me donne trop de cuisses, trop de fesses ! Qu'il est bon de s'évanouir. Un instant tout est blanc. Puis tout est noir. Ce n'est qu'un instant, jamais assez long, même pas la durée d'un orgasme. Je m'appelle Ana, le plus beau nom qui soit, merci papa merci maman, de m'avoir donné ce nom-là. C'est un nom de princesse, une princesse se doit d'être la plus belle. Papa, maman, c'est pour vous que je fais ça. Vous méritez bien la plus belle des enfants.
Suis-je à la hauteur ? Dites-moi... Dites-moi non, je vous comprendrai, je ne vous en voudrai pas, je vous aime. Vous aurez raison. Je suis prête à tout pour vous. Maman, le lait maternel aurait bien suffit, après 15 ans je m'en rends enfin compte. Le reste n'est qu'impureté. Je ne sais pas comment j'ai pu avaler tant d'autres choses, maman, pardonne-moi ! Il ne devrait y avoir que toi, que nous.
Dans maman il y a ana m m , « Ana m'aime ». Je me dois de t'aimer, je me dois d'être parfaite. Maman, si je dois disparaître, si je ne suis pas assez belle pour toi, je disparaîtrai, tu n'auras qu'à me le demander.
Mon nom c'est Ana, le plus beau des prénoms.
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# Posté le mardi 12 mai 2009 19:11

Partir en fumée

-Tu veux essayer ?
C'est ton tour. Tout le groupe y est passé. Ils rigolent pour un rien, ils disent des conneries, ils te regardent avec défi.
-Ouais vas-y essaye, c'est fantastique ! Tu vas pas t'amuser si tu te défonces pas... Tu risques de nous trouver pathétiques !
-Et de te sentir rejeté ! Allez, essaye, c'est rien du tout, ça vient du jardin de mon cousin, 100% naturel !
Regards braqués sur toi.
-Eeuh... Je ne fume pas...
Fou-rire général.
-Toi il serait temps de te décoincer ! T'as 25 ans et t'as jamais fumé de ta vie ? Franchement tu loupes quelque-chose ! Faut profiter de la vie ! Regarde, nous on est bien, hein les gars ?
Silence. Le joint s'éteint.
-Eh merde. Qui a du feu ?
Silence. Ils sont ailleurs. Les yeux rouges dans le vide. Les visages blancs. Corps affalés sur les chaises et les fauteuils autour de la table. Ils ne disent plus rien, ils ne rient plus.
-Les gars ? Qui a du feu ? Répondez ! Qu'est-ce qui vous arrive ?
Tu les observes. Effectivement tu les trouves pathétiques. De blancs ils sont passés à verts.
Guillaume, qui tient encore le joint en main, semble encore plus ou moins conscient.
-Aaah ! Putain, j'ai mal ! Mes pieds !
-Guillaume ? ça va ?
Ses pieds sont devenus racines. Les racines s'étendent, bousculent la table et renversent toutes les bouteilles d'alcool et les verres. Tes amis sont désormais plantes. Leurs oreilles et leurs cheveux sont des feuilles, leurs yeux ne sont plus que de minuscules protubérances rouges.
-Les gars... J'ai trouvé des allumettes si vous voulez ?
Pas de réponse. Tu enjambes les racines. Ton pied se prend dedans, tu chutes.
-Vas-yyy, essaye ! Tu ne le regrrrgrrretteras paaa...aah !
# Posté le dimanche 14 septembre 2008 11:33

le formulaire 06

-Il nous faut encore le formulaire 06. Votre mutualité vous l'enverra par la poste. Ensuite il faut revenir pour qu'on le remplisse.
-Quoi ? C'est idiot !
-Je sais. C'est le système.
Soupir. Long soupir. Un coup de vent. Une tempête.
Les cartons bleus, les vignettes vertes, les attestations, les formulaires, les brochures, les annonces d'emploi, les enveloppes, les dossiers tournoient. Le distributeur de ticket s'ouvre et se déroule. La dame du guichet ferme la fenêtre de son aquarium. Tout juste... Les chaises, les landaus, la table, le présentoir, tout s'envole, les gens paniquent, couchés au sol, il se raccrochent au radiateur... Pas assez de place... Un vieillard, un bébé, une petite fille, une femme en chaise roulante s'envolent... Une femme enceinte, un homme obèse, une jeune fille, un jeune garçon, un homme mal sapé s'envolent à leur tour. A mon tour.
La dame du guichet rouvre la fenêtre.
-C'est bon, c'est fini. Il s'en est fallu de peu cette fois...
# Posté le mercredi 27 août 2008 16:09

La brebis

-Comment ça va?

Toujours la même question. Toujours la même affiche jaunie.
Une reproduction d'un tableau de Chagall. Une brebis dans le ciel. Un couple qui s'enlasse au pied d'un arbre, la lune, une barrière en avant plan. Couleurs froides. A première vue tout est serein.
-Ca va un peu mieux. Mais rien de particulier.
La brebis observe le couple. Le couple ne s'en soucie pas. C'est la nuit, ils pensent être seuls.
-Nous avions parlé la fois passée du passage à l'âge adulte. Avez-vous quelque-chose à ajouter?
Cette brebis prend beaucoup de place dans la composition du tableau. Elle flotte dans le ciel. C'est comme un rêve. Un spectre qui pèse sur le couple. Un élément qui ne devrait pas être là.
-Oui j'y ai repensé. Mais ce n'est pas clair. Ca me pose problème.
-Continuez?
Le couple n'a pas l'air si heureux que ça. Cette chose qui plane au dessus de leur tête les préoccupe. Ils ont fuit loin de la ville mais ça n'a pas suffit. C'est toujours là quoi qu'ils fassent. C'est un nuage plutôt qu'une brebis.
-J'ai une image négative du monde adulte.
-...
Ce tableau n'est pas si serein que ça.
-J'angoisse à l'idée de devenir comme ces gens dans le métro, en costard-cravate, en tailleur, avec une petite mallette, à tirer la tronche matin et soir.
-Pour vous c'est ça l'âge adulte?
Ce tableau est inquiétant. La brebis n'est pas si douce. Le couple pas si amoureux. Le bleu n'est pas si bleu.
-C'est l'image qui me vient en premier. Je n'ai pas envie de devenir comme ça.
-Rien ne vous y oblige.
La lune est éclatante, elle éclaire la barrière jaune de l'avant plan. Barrière que le couple a surement dû franchir pour arriver à l'arbre, sur une butte qui surplombe la ville. La vue doit être belle d'où ils sont, mais le spectateur ne peut rien en voir. Le psychiatre attend une réponse.

# Posté le lundi 16 juin 2008 19:41

Le prince

-Tu sais moi les femmes je les méprise... Avant j'étais un homme sincère et attentionné, aucune ne voulait de moi. Maintenant, je me comporte en vrai salaud et elles me courent après ! C'est logique, les femmes aiment voir le mâle, le boss, le dominateur, insensible, sans attache... ça me rend plus attirant ! Si si, je t'assure ! ça marche ! Les femmes veulent qu'on leur fasse du mal, elles aiment ça, elles aiment faire les chiennes, je suis un vrai connard car je les aime !
-Ah oui...
-Oui ma belle, tu sais, tu ne représente rien pour moi, pas plus que toutes ces femmes qui t'ont précédées. Je m'amuse bien comme ça, je suis libre, heureux, personne ne me tient en laisse, je suis comme un chat, indépendant, je fais ce que je veux quand je veux ! Aucune femme n'atteint mon c½ur, aucune ne l'a encore mérité ! Ben oui ma belle, il faut me mériter, tu t'attendais à quoi ? Faut rien attendre de moi, je suis exigent, fini d'être gentil, enfin je suis moi ! Avant j'étais timide, les femmes ont bien profité de moi, je les traitais comme des princesses juste parce que j'avais peur... Mais je suis un homme maintenant. J'ai grandi.
-Ah vraiment ?
-Tu es trop idéaliste, tu t'imagines que le prince charmant viendra te prendre sur son cheval blanc, qu'il te couvrira de cadeaux, qu'il sera gentil avec toi... Mais ma fille, il sera gentil avec toi juste pour te baiser. Les hommes c'est comme ça ! Moi tu vois, je ne suis pas hypocrite, je ne me sens pas obligé de faire tout ça pour te baiser, pourquoi des mots tendres, pourquoi des fleurs, pourquoi des convenances ? Moi au moins je ne joue pas un jeu, je suis moi, rien que moi, je ne te mens pas, je suis honnête ! Voilà maintenant on s'est tout dit, tu peux gentiment dégager, j'suis gentil je te paye le verre. Bye. Pas la peine de se faire la bise.
-Salut.
Elle part. Enfin. Pas été trop dur de la dégager... Pauvre fille. Trop naïve... Trop immature. Trop gentille.
Un bruit de vitre brisée... Un cheval. Une lance. Cloc cloc cloc. Le bruit des sabots sur le parquet du bar. Un prince en armure sur un grand cheval blanc !
-Pitié, laissez-moi !
Recroquevillé sous sa table, le mâle sanglote.
-Pas de pitié mon cher.
Le prince sort sa lance, vise et envoie un coup sec dans le c½ur du mâle.
# Posté le samedi 03 mai 2008 21:39
Modifié le samedi 03 mai 2008 21:51